Automédication : quels sont les risques ?

Aujourd’hui, plusieurs médicaments sont déremboursés. Ce qui risque de favoriser le développement de l’automédication. Mais sachez que le fait de se soigner sans avis médical n’est pas sans danger, à moins d’être bien informé.

Automédication, quels sont les risquesQue peut-on soigner par automédication ?

Il vous est possible de soigner les problèmes bénins (coups de soleil, mal de tête, brûlures d’estomac, constipation passagère, bouton de fièvre, gorge irritée…) par automédication. L’Agence nationale du médicament a d’ailleurs établi une liste de ces troubles qu’on peut soigner par automédication. Dans tous les cas, il faut être vigilant, parce que certains symptômes peuvent cacher des maux sérieux, et en se soignant seul, on retarde le diagnostic. Sans compter que sur les 4 000 médicaments accessibles sans ordonnance dans les pharmacies, près de la moitié seraient peu ou pas efficaces.

Des risques liés à l’automédication

Ce n’est pas parce qu’un médicament est vendu sans ordonnance qu’il est également sans danger. Un pharmacien raconte qu’une adolescente s’est retrouvée à l’hôpital à cause du Doliprane. Elle en a pris tant qu’elle avait mal, sans respecter la posologie. Le paracétamol est vendu sous des noms différents, et les gens doublent les doses ou le prennent avec de l’Actifed, qui en contient aussi. C’est d’autant plus dangereux qu’aujourd’hui, les firmes mettent sur le marché des produits fortement dosés comme le Doliprane à 1 000 mg, beaucoup plus toxique pour le foie que celui à 500 mg.

En outre, les interactions médicamenteuses sont responsables de 170 000 hospitalisations par an, ainsi que les contre-indications. Certains produits pour déboucher le nez peuvent diminuer l’effet d’un médicament hypotenseur par exemple. Les pansements gastriques réduisent l’efficacité des antibiotiques ; l’aspirine peut augmenter l’effet d’un antidiabétique ou d’un anticoagulant… Les risques sont particulièrement élevés chez les personnes âgées, qui sont souvent polymédicamentées.

Et le rôle des pharmaciens dans tout cela ?

Le pharmacien se doit, en principe, de conseiller l’usager. Mais en réalité, les choses se passent différemment. Les pharmaciens n’ont pas forcément le temps, et les clients n’apprécient pas toujours qu’on leur pose des questions. Alors qu’il faut qu’il fasse du chiffre pour que l’officine survive. Une enquête de « Que Choisir » a par exemple, montré que 90% des pharmaciens vendent de l’ibuprofène et de l’aspegic à la même personne, alors que leur utilisation conjointe est formellement contre-indiquée.

L’automédication n’est pas forcément moins chère

En effet, quelques médicaments, comme le Doliprane, ont des prix fixes, parce qu’ils sont remboursables sur ordonnance. Mais la plupart sont libres. Ainsi, pour un même produit courant comme l’aspirine Upsa, les écarts de prix peuvent aller de 1 à 4, selon une étude de l’Autorité de la concurrence.

En 2013, les ventes de médicaments en automédication ont légèrement reculé par rapport à 2012. La même tendance est attendue en 2014, parce que la crise incite les patients à consulter un médecin pour avoir des médicaments remboursables. Mais avec les déremboursements annoncés par le gouvernement pour réduire les dépenses de santé, les Français vont pratiquer davantage l’automédication, et ne prendront plus la peine d’aller consulter leur médecin.

Est-ce prudent d’acheter ses médicaments sur les e-pharmacies ?

La vente de médicaments en ligne est autorisée en France, depuis juillet 2003. Mais ces médicaments sont également vendus sans véritable conseil d’un pharmacien. Heureusement que les sites de pharmacie en ligne autorisés par l’ARS doivent être adossés à une vraie pharmacie, et ne peuvent vendre que des médicaments sans ordonnance. Mais malgré cette réglementation, on constate qu’il est encore possible d’acheter en ligne pour enfant de huit ans un somnifère ne nécessitant pas de prescription, mais qui ne doit pas être utilisé chez les moins de quinze ans. Par sécurité, vérifiez toujours que le site est autorisé, en consultant la liste mise à jour par l’Ordre national des pharmaciens, sur www.ordre.pharmacien.fr. Et surtout, n’achetez aucun médicament sur des sites illégaux, parce que la moitié sont contrefaits ou faux, et leur provenance est souvent inconnue.